Quelle expérience de l’enfance dans le camp des réfugiés à Calais?

En tant que doctorante en deuxième année, et ayant comme sujet de thèse l’interculturalité et les familles migrantes, j’ai participé au stage de terrain USPC sur la migration à Calais. Une des questions principales que j’ai observé est autour de l’expérience des enfants dans les camps des réfugiés.

Ce qui m’a touché le plus dans ce terrain de recherche a été le niveau de vie des enfants qui étaient privés d’une alimentation saine, de vêtements propres, d’une vraie maison, d’une éducation scolaire normale et d’autres éléments importants pour leur développement, comme par exemple des jeux et des jouets, des livres et de la musique etc. Ces sentiments envers les enfants sont renforcés par une certaine conception occidentale de l’enfance que j’ai, qui considère les enfants comme des êtres innocents, ayant une vulnérabilité particulière, et qui nécessitent la protection des adultes. Pourtant, ce qui m’a frappé encore plus est la capacité des enfants de rentrer dans une bulle qui paraît hors de la réalité tragique dans laquelle ils se retrouvent, et prendre leur place d’enfant, comme tous les autres enfants du monde. Dès mon premier accès dans le camp, j’ai pu observer des enfants, ayant un âge entre 5 et 10 ans, qui jouaient des jeux de ballons. Des cris d’enfant, des exclamations de joie, ou tout simplement des rigolades spécifiques à cet âge me paraissait uniques dans ce contexte de souffrance.

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J’ai ainsi constaté des caractéristiques spécifiques à une culture enfantine qui est « une culture identifiable à des enfants, à une époque et un lieu donné, et en même temps une culture reflétant l’enfance, la condition universelle d’être un jeune être humain, un enfant. » (Carpentier 2011). Cette dimension universelle de l’enfance est traduite par d’autres exemples empiriques observés dans le camp. Par exemple, dans le camp de Grande-Synthe, en me rapprochant d’un groupe de réfugiés, une petite fille de 2 ans et 9 mois, me regarde et je lui souris. Ensuite, elle prend ma main et me conduit vers une source d’eau. Là, en utilisant une communication non-verbale, elle me demande de mettre de l’eau dans un arrosoir, et je le fait. Ce jeu continue, et la fille me dirige vers des pots de fleurs qu’un des hommes du groupe avait plantées. La fille arrose les plantes. J’essaie de parler avec elle en anglais. Je ne suis pas sure si elle comprend, mais elle répète des mots que je prononce. Mon expérience antérieure auprès des jeunes enfants a encouragé le contact avec cette petite fille. Le jeu est un langage que les enfants comprennent et qu’ils utilisent dans leurs interactions.

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Privilégier une certaine normalité de l’enfance est aussi le but de « l’Ecole laïque des dunes », qui met en place des cours d’école pour les enfants du camp de Calais. Pour Nathalie, une enseignante bénévole, qui prend de son temps libre pour donner des cours toutes les semaines, « l’objectif de cette classe est de faire renouer les enfants avec une scolarité, qui a été fracturée par leur déplacement, par leur histoire ». Dans ce contexte, d’autres éléments spécifiques à la culture enfantine peuvent être observés, comme l’enthousiasme, la joie, la volonté d’apprendre. Cette école offre aux enfants du camp la possibilité d’apprendre, comme tous les autres enfants, même si dans des conditions beaucoup plus précaires. Les enfants vivent entre les expulsions et l’attente d’aller en Angleterre, mais cette école permet d’offrir un cadre, un contexte plus sécurisant, avec des personnes avec lesquelles ils peuvent avoir des relations de confiance. Les bénévoles qui s’impliquent au quotidien connaissent les enfants par leurs prénom, et même leurs famille, car elles vont les chercher chaque jour avant les cours, dans les caravanes du camp. Ainsi, elles connaissent leurs joies, mais aussi leurs souffrances. Par exemple, Nathalie explique que beaucoup de dessins des enfants illustrent deux maisons et le trajet entre les deux. D’autres dessins, avec de la pluie qui tombent, peuvent faire référence aux derniers grenades lacrymogènes lancées par les autorités de l’état français, que les enfants aussi ont dû subir, note Nathalie. Le français et l’anglais sont utilisés comme langues d’enseignement dans cette école.

 

Références biblographiques

CARPENTIER, C.H., (2011), « Les universaux de la culture enfantine » in Cultures enfantines : universalité et diversité, Arleo, A., Delalande, J. (dir.), Rennes : PUR.

 

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2 responses to “Quelle expérience de l’enfance dans le camp des réfugiés à Calais?”

  1. leblanc says :

    J’ai passé quelques jours dans le play schhol et le women center de grande-synthe…cette semaine là il a plu et les enfants se sont beaucoup amusé dans l’eau, avec leur intervenant ils ont aussi fabriqué un petit passage en pierre pour accéder plus facilement au play-school. En étant béneviole dans le women center nous avons rencontré des enfants filles et garçons accompagnés uniquement de leur mères ou seuls…on a eu le cas d’une jeune fillle de 10/11 ans se « déguisant » en garçon…et quleques enfants venaient voler les flacons de bulles de savons que nous avions dans le local 🙂
    La volonté de jouer et de se distraire est très forte et certains enfants avaient beaucoup de mal à quitter le centre à sa ferméture 🙂

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    • Carmen D. says :

      Merci d’avoir partagé ton expérience dans le camp de Grande Synthe. J’y suis allée est je suis entrée dans le Women Center. À ce moment-là, il y avait des bénévoles de l’Angleterre,et elles proposaient des cours d’initiation au tricot. Moi-même je sais le faire,donc j’en ai profité pour m’approcher des fillettes (9-11 ans). À un certain point une d’entre elles, après des essais sans succès, s’est énervée et a dit : « I don’t like to do this! » Cela m’a bien amusée. Il y avait aussi des femmes dans des différents coins de la salle: une était en train de profiter d’un massage au dos fait par une bénévole et une autre de se faire faire peindre les cheveux.
      Je reprends ce que tu dis par rapport à la volonté de jouer et de se distraire des enfants, fait que j’ai remarqué également dans les autres camps des réfugiés où nous sommes allées.

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